À Nîmes, l'atelier Rareripesense compte les jours après le décret sur les sciures

Le 12 juin 2026, un huissier est venu constater l'état du stock de chutes de chêne accumulé dans la cour du 46 rue Jean Moulin, et depuis, l'atelier de menuiserie Rareripesense SAS vit au rythme d'une règle qui a changé d'un coup ce qu'il peut faire de ses déchets, sans que personne, ni à la préfecture du Gard ni à la chambre de métiers, ne sache encore dire combien de temps cet arrangement provisoire va tenir.

Ce qui s'est passé le 12 juin

L'huissier est arrivé à 9h10.

Mandaté par la préfecture du Gard dans le cadre d'un contrôle des flux de matières boisées en zone urbaine, il a photographié les palox de chutes, relevé les volumes déclarés et discuté dix minutes avec Marie Lefebvre, qui dirige les travaux depuis l'atelier et qui a signé le procès-verbal sans discuter avant de demander une copie, affichée le soir même sur la porte de l'atelier, entre le planning des livraisons et une photo du chantier de la rue Nationale.

Le rapport fait onze pages.

Le texte en cause est un arrêté préfectoral pris en application d'une circulaire de janvier 2026, qui classe les sciures et copeaux non traités comme déchets industriels banals dès lors qu'un atelier en produit plus de 220 kilogrammes par semaine, un seuil que Rareripesense franchit en période normale, puisqu'il tourne autour de 260 kilogrammes, et la différence n'est pas énorme, mais elle suffit à faire basculer l'atelier dans un autre régime, avec tout ce que cela implique de pesées, de bordereaux et de prestataires agréés.

Ce qui s'est passé le 12 juin

Deux cent soixante kilos par semaine

Avant, les copeaux partaient chez un maraîcher de Milhaud, qui les utilisait pour couvrir ses planches de culture, dans le cadre d'un arrangement verbal vieux de sept ans, une remorque tous les dix jours, rien d'écrit, rien de facturé, et personne n'avait jamais trouvé à y redire.

Depuis le 12 juin, cet enlèvement est considéré comme un transfert de déchets et doit être tracé, pesé, accompagné d'un bordereau.

Le maraîcher a appelé le lendemain pour dire qu'il préférait arrêter, le temps de comprendre ce qu'on lui demandait.

Nicolas Robert, à l'accueil, a passé trois matinées au téléphone avec le service environnement de Nîmes Métropole et a obtenu une liste de prestataires agréés, tous situés à plus de trente kilomètres, dont deux seulement acceptent les volumes d'un atelier comme celui-ci, ce qui laisse entrevoir des tournées de camion qui n'existaient pas il y a trois semaines.

Le premier devis reçu le 17 juin mentionne une prise en charge mensuelle de 340 euros hors taxes, contre zéro auparavant.

« On ne parle pas d'une mise aux normes, on parle d'une ligne de charge qui apparaît dans un tableur », résume Antoine Robert, qui tient l'administration de la SAS et qui a ressorti les comptes 2024 et 2025 pour mesurer l'effet sur l'exercice en cours, avec une réponse qui tient en un chiffre : 4 080 euros sur douze mois, soit l'équivalent de deux semaines de salaire d'un compagnon.

Le stock s'entasse dans la cour

Trois palox supplémentaires sont arrivés le 15 juin, puis deux autres le 19.

Laurent Dubois, qui gère les achats, a suspendu une commande de frêne prévue pour la semaine du 22, faute de place pour la stocker, et il a aussi repoussé la livraison d'un lot de noyer venu d'un scier de Saint-Hippolyte-du-Fort, une décision qu'il qualifie lui-même de provisoire et qu'il devra sans doute revoir avant la fin du mois de juillet si rien ne bouge.

La question du local revient à chaque réunion.

L'atelier occupe 180 mètres carrés au rez-de-chaussée et une cour de 45 mètres carrés ; trouver un espace de stockage ailleurs dans le quartier de la gare coûterait, selon deux agences consultées le 18 juin, entre 190 et 240 euros par mois pour 30 mètres carrés, et aucune de ces pistes n'a été signée à ce jour, même si l'une d'elles, rue de la Garrigue, présente l'avantage d'un accès camion.

Ce que cela change pour les voisins

Philippe Petit, au service client, a dû prévenir quatre clients dont la commande comprenait un placage en chêne massif.

Deux ont accepté un décalage de dix jours, un troisième a demandé si cela changeait le délai de la bibliothèque commandée en mai, et la quatrième, une restauratrice du quartier des Halles, a simplement répondu qu'elle attendrait, puis a rappelé le lendemain pour confirmer, ce qui a rassuré l'atelier sans régler la question du stock.

L'effet ne s'arrête pas à la porte de l'atelier.

Le maraîcher de Milhaud, qui s'approvisionnait depuis 2019, doit trouver une autre source de matière organique pour l'hiver et a contacté la coopérative de Caveirac, qui ne peut pas garantir un volume régulier, tandis que deux autres producteurs du secteur, à Bernis et à Marguerittes, utilisent le même type d'arrangement et n'ont, pour l'instant, rien reçu de la préfecture, ce qui laisse penser que la règle pourrait être appliquée par vagues successives au cours de l'été.

Combien de temps avant la prochaine étape

À la maison de quartier de la route d'Alès, une animation prévue le 4 juillet autour du bois de récupération a été annulée, faute de matière première disponible.

L'animatrice, Sonia Bérard, explique qu'elle comptait sur les chutes de Rareripesense, comme les deux années précédentes, et qu'elle a proposé de décaler l'atelier à l'automne, sans savoir si la matière sera revenue d'ici là.

La préfecture n'a fixé aucune échéance publique.

Deux réunions ont eu lieu à la chambre de métiers du Gard, les 16 et 20 juin, sans qu'une position commune se dégage, et un point de situation doit être organisé début juillet, tandis que Rareripesense a déposé le 19 juin une demande écrite pour être reconnu comme producteur de déchets non dangereux en petite quantité, un statut qui allégerait la traçabilité sans supprimer l'enlèvement.

Si cette demande aboutit, le coût retomberait autour de 90 euros par mois.

Si elle est refusée, l'atelier devra choisir entre payer, réduire sa production ou déménager, et Marie Lefebvre ne tranche pas encore : elle note simplement que la commande de juin pour un escalier en chêne, rue de la République, a été livrée à l'heure, que les palox étaient encore dans la cour le 21 juin au soir, et que le prochain contrôle pourrait avoir lieu avant la fin de l'été.

Trois palox supplémentaires sont arrivés le 15 juin, puis deux autres le 19.

Laurent Dubois, Achats

De l'atelier