Une rentrée en surnombre au quartier des Castors
Le compte est simple et il est affiché dans le hall : l'école Pierre-Semard accueille cette année 312 élèves pour onze salles utilisables, dont une occupée par le matériel informatique depuis la fermeture du préau en juin 2026.
La directrice, Sylvie Arnaud, a reçu le 22 septembre un courrier de la Direction des services départementaux de l'éducation nationale annonçant un poste non pourvu pour la circonscription de Nîmes 4, sans qu'aucune date de remplacement n'y figure ; depuis, les deux classes de CM1 fonctionnent à 31 et 30 élèves, au lieu de 24 en moyenne les années précédentes, et ce sont surtout les temps de correction individuelle qui disparaissent, parce qu'une classe à 31 en fin de cycle primaire absorbe toute l'attention disponible et que les enfants qui ont besoin d'un étayage en lecture passent systématiquement après les autres.
Le quartier des Castors compte près de 4 200 habitants. Douze enfants de familles arrivées de Mayotte en 2023 et 2024 sont scolarisés dans les deux CM1 concernés, et six familles ont écrit à l'inspection académique entre le 23 et le 29 septembre. Trois ont demandé une dérogation pour l'école Jean-Macé, à 1,4 km. Aucune réponse écrite à ce jour.
Ce que change une classe à 31
À 31 élèves, une séance de mathématiques de 45 minutes laisse environ 1 minute 20 d'échange individuel par enfant, si l'enseignante ne s'occupe de rien d'autre ; ce chiffre, donné par une professeure des écoles remplaçante venue trois jours en septembre, résume la situation mieux qu'un rapport, et il reste 27 cahiers à corriger le soir, contre 24 l'an dernier.
Karim Benali, représentant des parents d'élèves élu en octobre 2025, a passé quatre matinées dans l'école depuis la rentrée. Il décrit des récréations étalées en deux services faute de surveillants, et une cantine servie en trois vagues à partir de 11h30 au lieu de deux. La cuisine centrale livre 290 repas par jour ; il en manque 18 en moyenne depuis trois semaines, comblés par des conserves d'avance.
Rue Jean-Moulin, chez Rareripesense, atelier de menuiserie ouvert depuis 2008, Laurent Dubois dirige les achats et a lui-même deux enfants scolarisés dans une autre école du secteur ; l'atelier a réparé gratuitement en septembre douze casiers et refait deux tableaux d'affichage pour le hall, sur des chutes de chêne et de peuplier.
Trois assistantes maternelles du secteur ont cessé de prendre des enfants de plus de six ans cet automne. Elles invoquent les horaires de sortie décalés.
Le cabinet médical, autre pénurie
À 600 mètres de l'école, au 12 avenue Pierre-Mendès-France, le cabinet des Trois Sources a perdu deux généralistes en dix-huit mois.
Le docteur Hélène Vasseur, installée depuis 2011, partage aujourd'hui son temps entre le cabinet et les visites à domicile pour 1 870 patients déclarés, et refuse les nouveaux patients depuis mars 2026 pour les rendez-vous non urgents ; l'ordre des médecins du Gard recensait 412 généralistes en exercice dans le département en 2018, contre 361 en 2025 selon le même décompte, et sur le seul secteur sud de Nîmes cinq départs à la retraite sont prévus avant 2029, tandis que les remplaçants venus de Montpellier ou d'Avignon roulent 45 minutes et repartent au bout d'un an.
Les deux sujets se croisent dans les couloirs de l'école. Une dizaine d'élèves de Pierre-Semard ont un protocole d'accueil individualisé pour asthme ou allergie alimentaire, et le document doit être signé chaque année par un médecin traitant. Trois familles ont dû attendre six semaines pour ce rendez-vous, dont une auprès d'un praticien de Vergèze.
Ce que la mairie peut et ne peut pas
La Ville de Nîmes gère les bâtiments scolaires, pas les enseignants. Adjointe déléguée à l'éducation, Claire Roussel a confirmé le 29 septembre que le préau fermé pour cause de fissures serait rouvert au printemps 2027, après reprise de la charpente, pour un montant de 187 000 euros engagé au budget pour la toiture et les menuiseries extérieures.
Pour les effectifs, la mairie peut ouvrir une salle, pas créer un poste. Une classe supplémentaire ouvrirait à Pierre-Semard si la moyenne par classe dépassait 27,5 après la carte scolaire de janvier. Nous en sommes à 28,4 dans les deux CM1, mais la moyenne de l'école reste à 26,1.
Nicolas Robert, à l'accueil de l'atelier de la rue Jean-Moulin, reçoit chaque semaine des parents qui demandent un devis pour un bureau d'enfant, souvent parce qu'il n'y a plus de place pour faire les devoirs dans l'appartement. Il a compté quatorze demandes de ce type entre le 1er et le 30 septembre, contre cinq en septembre 2025 sur la même période.
L'inspection académique n'a pas répondu à nos questions sur le calendrier de remplacement. La direction de l'école a reçu, elle, une réponse téléphonique le 2 octobre : un enseignant contractuel serait affecté à la circonscription, sans date d'arrivée, et pourrait couvrir les deux CM1 en alternance. Les parents ont été prévenus par courriel le lendemain matin.
Une semaine ordinaire, mesurée
Le 30 septembre, 9h15 : une classe travaille en autonomie sur des fiches, l'autre suit une séance au tableau ; deux élèves de la première classe terminent un exercice commencé la veille, et c'est ce que Sylvie Arnaud appelle tenir, un mot qu'elle répète trois fois en quarante minutes.
Le même jour à 17h10, douze familles attendent devant le portail. Six enfants restent à l'étude surveillée. Les deux animatrices, salariées municipales, ont vu leurs heures passer de 14 à 19 par semaine, sans changement de taux horaire.
Les réparations de casiers livrées par l'atelier de Laurent Dubois ont été posées le 1er octobre. Elles ne règlent ni les effectifs ni l'absentéisme médical du secteur. Elles évitent simplement que trois manteaux traînent par terre dans le couloir du premier étage, ce qui n'est déjà pas rien pour une rentrée d'octobre.